2015
ARTISTES List

Alfonso Diaz Uribe
Sculpteur. Alfonso Diaz Uribe se forme en autodidacte de 1970 à 1980, puis il s’installe à Paris et choisit d’intégrer l’école Nationale Supérieure des Beaux-Arts. Diaz Uribe commence une sculpture monumentale en 1984, “Sculpture en Ville”, à Rosny sous Bois. Il réalise sa première exposition personnelle en 1987 à la galerie du Haut-Pavé, puis expose en Allemagne et dans son pays d’origine.
On retrouve ses travaux dans les collections publiques et privées dans des mairies, des communes, des musées et des bibliothèques. Il a même récemment créé une sculpture monumentale “les montagnes qui marchent” au Shanghai Sculpture Park.
Le travail de Diaz Uribe est multiforme: elle est à la fois végétale, organique, animale ou même minérale, elle interroge le spectateur sur ce que pourrait bien être la forme qu’il a créé.

Antoine Bataille
Antoine Bataille est un peintre français basé à Paris. Diplômé en 2021 de l’école d’architecture Paris Val-de-Seine, après un passage en agence d’architecture, il décide de se consacrer à sa pratique du dessin. Il entame alors un long voyage au travers de la France. Durant ses errances, son travail oscille entre expérimentations architecturales, carnets de voyages et peintures. Il arpente et peint le paysage à la recherche des derniers bastions de nature, prenant comme sujet les résurgences mystiques enfouies dans le monde sauvage.
De retour à Paris, en 2023, il participe à des expositions collectives notamment au sein de la galerie Akié Arichi. Puis il expose sa série du Ruissellement dans le cloître des Célestins à Avignon à l’occasion du 29ᵉ édition du Parcours de L’art. En 2024, il part en Italie à l’occasion d’une résidence artistique du Nouveau Grand Tour, organisée par le ministère des Affaires étrangères. Il y développe et renforce sa technique de peinture à l’encre de Chine, sur le motif. La même année, il prend part à plusieurs expositions, à Paris, à Bruxelles et en Creuse. En 2025, deux de ces dessins de la série Ligurie Brumeuse sont exposés à l’Académie des Beaux-arts à l’occasion du prix de dessin Pierre David Weill. La galerie Akié Arichi organise une exposition personnelle de sa série Des rives pendant l’été.
Antoine pratique une sorte de vagabondage, d’errance, en quête des derniers îlots de nature disséminés dans le paysage. Ses recherches le guident dans le fond des torrents, dans le creux des vallées, au cœur de forêts épaisses, dans ces derniers bastions où l’imaginaire peut encore jouir d’un espace infini. Il y observe les formes, les ambiances, la vie qui y domine... Tout semble pouvoir émerger de cette obscurité, de ce monde enivrant à l’immense potentiel suggestif. Il travaille autour de cette forme de mystère tapie dans la nature sauvage.
Pour peindre ces paysages, il utilise l’encre de Chine, noir des plus profond, propice à évoquer ce mystère. L’encre noire sur le blanc du papier, a quelque chose de premier. C’est la trace plutôt que la touche. La trace acculturée, lâchée pour salir, salir pour évoquer, sans artifices, la puissance primitive du monde sauvage.
Comme un voile, la trace tombe sur le papier, révélant les formes du spectre qui habitent mon esprit.

Claude Gesvret
LES AMBIGUÏTES DE LA PEINTURE DE CLAUDE GESVRET
Gérard-Georges Lemaire
L’art abstrait n’a guère plus que cent années d’existence. Ce fut une rupture profonde et déconcertante après des siècles de création artistique en Occident. Du spirituel dans l’art de Vassily Kandinsky a été l’expression la plus radicale d’une révolution sans précédent dans la sphère de la peinture et de la sculpture. Mais elle n’a pas aboli tous les principes qui avaient sous-tendu l’art ancien. Les codes ont changé la lecture et l’intelligence de l’œuvre, qui requièrent, c’est évident, de nouveaux critères. De nouveaux débats esthétiques concernant la forme et le style ont vu le jour et très vite des courants opposés se sont affirmés. Futurisme (dans certains cas), suprématisme, constructivisme, néoplasticisme, pour ne citer que ceux-là ont métamorphosé ce champ d’investigation qui n’a cessé de croître et de devenir plus complexe. Des groupes et de nouveaux courants n’ont plus cessé de se développer jusqu’à une période récente et les artistes sont allés jusqu’aux confins que ces langages inédits leur permettaient d’aller. La monochromie a été l’une de ces limites. Mais pas la seule. On aurait pu croire que tous les possibles concédés par l’abstraction avaient été épuisés. Ce n’est pas le cas et loin s’en faut.
En ce qui concerne Claude Gesvret, l’idée centrale de sa démarche n’a pas été d’introduire une théorie de l’art abstrait s’insinuant entre les précédentes, une manière inconnue de traiter cette abstraction, qui s’est vite changée en une foule d’abstractions (géométriques, informelles, spatialistes, etc.). Il a par conséquent préféré rechercher une autre voie, qui déroge jusqu’à ses fondements les grammaires qui se sont imposées jusque-là dans l’imaginaire picturale.
En premier lieu, son style est impur. C’est-à-dire qu’il ne se cantonne pas à quelques exercices pouvant le mener à tracer la cartographie d’un monde qui serait sien et ne partagerait aucune comparaison avec d’autres. C’est la condition sine qua non de son discours qui ne retient aucun langage jusque-là exploité. Il a voulu dépasser ce stade et rendre sa quête encore plus déconcertante. Il ne conçoit par conséquent pas un « paysage » mental (je dis mental car l’art s’élabore par des idées qui se sont métamorphosées en des assemblages de couleurs et de lignes) dont il aurait inventé les formes improbables et les couleurs qui obéissent à des lois fantasques, les forces et les confrontations finissant par s’harmoniser (du moins, en partie). Il n’y a pas un fil rouge qui pourrait relier une toile à l’autre. Et pourtant, il existe bien une cohérence dans ces espaces, mais qui ne répondent pas à des règles fixes.
Ensuite, l’artiste a parfois introduit des éléments figuratifs, souvent fragmentaires ou ébauchés, ne prenant jamais le pas sur le reste de la composition qui demeure informel. Ces intrusions de fragments arrachés à la réalité de l’expérience visuelle ne fait que rendre encore plus énigmatique la composition, qui déjoue toute tentative de système. Mais ce n’est pas pour autant une surface incohérente qui s’offre au regard. Ce serait plus exactement le désir de conjuguer des modes qui, en principe, n’auraient rien en commun. Il ne s’agit pas pour lui de dépasser l’un et l’autre domaine, mais plutôt d’inscrire une sorte de circumnavigation qui traversent des états différents. Bien sûr, c’est l’abstraction qui l’emporte haut la main, mais en ayant l’audace d’y inclure ces éléments qui appartiennent à notre connaissance spéculaire de ce qui nous entoure. Cette posture ne fait que contribuer à la confrontation avec un espace plein d’ambiguïtés et par définition impur. Dans cette perspective, il ne fait que rendre l’approche de ses créations non seulement problématique, mais aussi mystérieuse. En fin de compte, c’est ce jeu entre le visible et le non visible qui est la clef de son histoire : celle-ci consiste à condenser sur une surface la fiction d’un volume dont les paramètres appartiennent à plusieurs instances de la peinture se retrouvant dans son histoire, surtout celle de la « tradition du nouveau ». Il ne fait pas reposer sa cause sur des références historiques, mais sur des plans mentaux qui devraient être disjoints et qu’il s’attache à raccorder.
Claude Gesvret n’a pas voulu faire surgir une nouvelle modalité de la beauté. Il n’a pas non plus voulu parvenir à l’abolition de toute beauté dans son travail. Il s’est appliqué à découvrir ce qui, dans une peinture, peut à la fois être du ressort de la beauté et ce qui s’y oppose. C’est là une enquête minutieuse et acrobatique pour parvenir à maîtriser une pensée qui est contradictoire par définition. Du moins, a priori. Plus le spectateur parvient à mettre à part ses propres qualifications, plus il a la possibilité de jouir de ce lieu si troublant qui est inconfortable et même, au début tout du moins, peu agréable. L’œil refuse cette façon d’architecturer dans un apparent désordre ce qui serait l’essence de sa représentation d’une poésie qui se passe des mots et même de la formation d’un état souverain du tableau, qui s’est peu à peu élaboré dans son esprit. Est-ce une entreprise anarchique ou transgressive. Pas exactement. C’est quelque chose qui aurait plus à voir avec ce qu’Arthur Rimbaud et qu’Isidore Ducasse ont pu faire en leur temps pour faire connaître le sens de leur investigation poétique. Je n’irai pas jusqu’à dire qu’une toile de cet artiste serait une sorte de Bateau ivre réservé à cette « poésie muette » que serait censé être l’art pictural. Son art pictural est l’expression d’un détournement permanent de ce que nous ont enseigné les peintres d’autrefois (et cet autrefois peut être relativement récent) et aussi un défi lancé à chacun d’entre nous : sommes-nous en mesure d’abandonner les idées reçues, notre connaissance, notre éducation sensorielle pour nous hasarder sur des continents qui portent en eux des réminiscences, mais contiennent beaucoup de pièges qui interrogent notre regard et donc notre faculté de penser et aussi de prendre du plaisir ou non. Ce besoin d’égarer son interlocuteur est prégnant et il est la nature de son procédé, un procédé qui ne cesse de se renouveler et de proposer des points de vue autres. L’égarement, ce n’est pas une donnée inconnue dans la peinture. Pablo Picasso en avait fait sa marque de fabrique en de nombreuses occasions. Ce qui ne l’a pas empêché, tout comme d’ailleurs Marcel Duchamp, de chanter les louanges de Jacques-Dominique Ingres !
N'être plus indentifiable au premier coup d’œil (comme c’est le cas pour Soulages, Alechinsky, Cy Twombly, César Domela ou Lucio Fontana) est une tentative osée de quitter les chemins battus. Le style, c’est la main de l’artiste et aussi son empreinte mnésique. Et pourtant, en faisant mine d’ordonner ce désordre (je songe à la célèbre formule de Cocteau, qui ne s’applique cependant pas à ce qu’il a voulu faire), c’est un paradoxe de plus. Mais il n’est pas tombé dans le piège où se sont retrouvés Albers ou Vasarely. Il n’arrête pas de « déplacer les lignes » il exige de chacun d’entre nous une autre sensibilité et une autre approche de ce que dévoile un tableau. Si nous nous exerçons, nous finirons bien par savoir si ce qui s’expose à notre regard est bien de sa main. Peut-être (je dis bien : peut-être) a-t-il espéré nous faire éprouver ce que les premiers amateurs à avoir vu les toiles cubistes, ou fauvistes, ou suprématistes, ou constructivistes ont pu ressentir quand ils ont pu voir pour la première fois des compositions de Matisse, de Picasso, de Malevitch, de Rodtchenko, de Giacomo Balla ou de Jean Arp (que sais-je ?). Ce que tous ces artistes avaient en commun, c’était de provoquer la surprise au terme de spéculations hardies. Gesvret a laissé de côté la théorisation formelle pour une intension ludique et hasardeuse. D’une certaine façon, il s’arroge les droits des dadaïstes à faire fi de ce qui nous rassure et nous console. Ses ouvrages ne sont pas de simples divertissements ils sont parfois graves, mais ils ont été conçus pour échapper à des impératifs catégoriques. Toutefois, il tient à ne pas fuir le topos de la peinture (il n’a donc rien à faire avec le Nouveau Réalisme ou avec Fluxus). Ce n’est pas un « déconstructeur », mais un constructeur qui serait allé dans le sens contraire à Fernand Léger. Il dit adieu à l’Ecole de New York et à celle de Paris, mais sans rejeter la valeur de ce que ces groupes de peintres ont pu apporter. Il les convoque de rares fois dans son « atelier » (je songe à ce tableau où il y a surtout du blanc, du noir et du rose qui rappelle des fantaisies de Picasso). Et l’on pourrait très bien s’amuser à déceler une citation plus ou moins tronquée ou déformée ou même fortuite. Mais ce n’est pas le principal. Le principal est qu’il ait eu le courage de nous proposer un autre genre de langage.
Oui, c’est un passage constant entre le devenir imprévisible et un passé magnifié qui est notre étoile polaire. Ici, la boussole est dérèglée et nous voici en train de naviguer entre deux instances temporelles. C’est ce qui nous dérange. Et c’est ce qui nous fait progresser dans notre jugement.
Milan, mars 2023

Denis Orhant
Né en 1960, Denis Orhant vit et travaille à Rennes. Il enseigne au sein du Département Arts Plastiques de l’Université Rennes 2.
Les dernières peintures de Denis Orhant peuvent être vues sous l’angle de sensations disparates. On y perçoit les effets et les plaisirs d’une dextérité, celle qui permet de figurer des « choses », leur volume, leur vitalité, avec de la matière colorée. Ces « choses » sont des êtres humains, des visages dont le rendu – le réalisme – fait sentir le rôle que l’image photographique, ici, tient dans l’exercice de la peinture. Ces visages délicats et tronqués prennent place, plaqués sur des corps incertains, comme des pièces mal ajustées, rapportées qui remettent en jeu une recherche d’unité antérieure. Le tableau constitue donc, une unité paradoxale puisqu’il est une aire circonscrite animée de discordances, de faux-raccords. Le tableau est un tout, un espace de côtoiements, d’assemblages précaires.

Eric Vassal
Depuis la fin des années 90, le travail d’Eric Vassal s’est développé à travers un échange constant entre la sculpture, la peinture, l’estampe, la photographie et la vidéo. L’artiste a suivi pendant ses études les cours du graveur Stanley William Hayter et du sculpteur César aux Beaux-Arts de Paris et à l’atelier 17, parallèlement, il suivra un enseignement d’histoire de l’art à l’École du Louvre et des cours d’arts appliqués à l’école supérieure des arts graphiques Penninghen. Jusqu’en 1997, Eric Vassal a été illustrateur pour des journaux prestigieux comme Le Monde, Le Figaro, il a également réalisé plusieurs affiches pour de grandes sociétés ou institutions comme l’Office National des Forêts (ONF) « 25 années grandeur nature », La Ville de Paris « Le jardin des enfants aux Halles » ainsi que de nombreuses couvertures pour l’édition, Presses Universitaires de France (PUF), Gallimard… En 1998 la première exposition importante a lieu à la galerie AMG à Paris, depuis l'artiste a réalisé plus de 90 expositions personnelles et collectives, dans des musées, centres d’arts, et galeries d’art contemporain en France et à l’étranger. Ses œuvres font parties des collections nationales et de nombreuses collections privées en France, Suisse, Italie, Hollande, USA, Japon … Eric Vassal est régulièrement invité lors de conférences ou tables rondes à traiter de la question de l’art contemporain et est également commissaire général des expositions pour le Clac Art contemporain.

Gilles Drouin
Gilles Drouin, peintre abstrait construit, explore les possibilités du carré et de ses variations depuis maintenant plusieurs années. Les interactions entre forme, ligne et couleurs sont au cœur de son travail. Depuis 2018, son cheminement intellectuel l’a amené à se pencher sur la perspective, et plus précisément sur cette *zone grise » à la frontière entre le domaine de la planéité et celui de la perspective. On assiste dans son œuvre récente à l’exploration de cette limite, qui appelle l’analogie avec l’apparition de la perspective dans l’œuvre des peintres italiens de la fin du Moyen-Age et de l’aube de la Renaissance, tels Cimabue et Giotto s’affranchissant du hiératisme byzantin de leurs prédécesseurs. Gilles Drouin transpose figurativement (sans jeu de mots) cette transition dans le monde de l’abstraction géométrique, entre la pure bidimensionnalité et la tridimensionnalité émergente. Ses carrés, auxquels il reste fidèle, sont-ils des cubes vus de face, ou bien sont-ce les cubes qui émergent des carrés, comme portés par une dynamique irrésistible ?

Go Segawa
Go Segawa est un artiste plasticien né au Japon en 1970. Il obtient de l'Université Nihon de Tokyo une licence en arts plastiques puis décide de s'envoler pour la France. Là-bas, il étudie d'abord à l'Ecole des Beaux-Arts de Rennes, dont il sort diplômé en 2001 puis à l'université de Rennes, dont il obtient un DESS « Créateurs de produits multimédias artistiques et culturels » en 2004. Pour son master, il part s'installer à Paris, et étudie à l'université Paris 8 où il effectue également son doctorat sur l'esthétique, la science et la technologie de l'art. Il vit et travaille désormais à Paris.
Le travail de Go Segawa mêle peinture et sculpture. L'artiste joue sur la géométrie et sur les dimensions pour proposer aux spectateurs des œuvres évoquant l'esthétisme virtuel et le travail fait sur ordinateur.
Sur des feuilles de Plexiglas, l'artiste dessine à l'acrylique ou au graphite. Il superpose ensuite les différentes feuilles, pour aboutir à une création en trois dimensions. Cette technique incroyablement méticuleuse n'est pas sans rappeler l'origami, l'art japonais du pliage de papier.
Légères et troublantes, les œuvres de Go Segawa éveillent l'intérêt du spectateur qui se voit tiraillé entre la contemplation d'éléments en deux ou en trois dimensions.
La série « Dessin/volume » qu'il développe depuis 1999 est l'exemple parfait de ce questionnement sur la perception de l'espace.
Go Segawa expose régulièrement en France et au Japon.

Haruhiko Sunagawa
Haruhiko Sunagawa est né en 1946 à Fukuoka au Japon.
Peintre, sculpteur, Il réalise des structures légères en apparence, qui associent la solidité de la pierre et du bois à la fragilité du verre, la rigueur de la géométrie aux effets « mouvants » de lumière.
Il utilise le regard du spectateur de façon interactive, les compositions de Sunagawa évoquent sa lecture singulière du monde. L’unité, le calme, l’immobilité trompeuse des ses œuvres y sont clarifiées. Les matières organiques et les ombres portées se côtoient offrant une atmosphère de sérénité laissant libre cours à son rêve dans ce petit cosmos.
L’illusion d’optique s’intensifie dans ses œuvres récentes. Des nouveaux matériaux comme la résine interviennent dans les compositions élargissant la palette créative de formes en faisant apparaître des volumes virtuels aux faces changeantes. Ainsi Sunagawa utilise et ordonne les éléments de ses œuvres pour composer un poème.

Helen Vergouwen
A la fois peintre et sculpteur, Haruhiko SUNAGAWA trouve son inspiration dans l’observation de la nature. Le bois, la pierre, mais aussi le verre et les fils de nylon s’invitent dans ses compositions régies par une géométrie rigoureuse. Du point à la ligne, de la ligne au plan, Mondrian n’est pas loin… Mais c’est surtout la lumière et les jeux d’ombres occasionnés par les éléments en relief qui font de son œuvre un ensemble cosmique, sensible et poétique.

Hiroyuki Moriyama
Entre Hiroyuki Moriyama et la France, c'est une longue histoire d'amour. Le japonais né en 1936 au Sud à Kunamoto, dans l'ouest de l'île de Kyushu, s'installe à Paris en 1963 à la suite de ses études à l'ENSBA (École nationale supérieure des beaux-arts). Il passera finalement plus de 45 ans dans la ville lumière jusqu'à sa mort en 2008 à Boulogne où il avait son atelier.
Pour l'artiste, la peinture apparaît très tôt comme une évidence. Il commence ainsi son apprentissage avec un disciple du peintre et graveur Tsuguharu Fujita, mais rapidement, Hiroyuki Moriyama se détourne de la figuration pour embrasser l'abstraction. Dans les années 1980, il se lie également à l'école du Bauhaus au travers de la personne de Jean Leppien qui appartient au mouvement de la Réalité Nouvelle. De manière générale, Moriyama se sent relativement en symbiose avec l'approche occidentale de l'art contemporain mais il revendique ses origines asiatiques et il leur fait indéniablement honneur dans sa démarche spirituelle de la peinture.
Interrogé à de nombreuses reprises sur sa technique, le japonais expliquait son attachement à la philosophie bouddhiste. En effet, les créations de l'artiste traduisent sa recherche constante d'équilibre entre les forces du monde et constitue pour lui une modeste contribution à la « partition universelle ». Sa palette de couleur évolue en conséquence pour ne contenir à la fin de sa vie que du noir et du blanc, symboles du yin et du yang. Aussi, la démarche de Hiroyuki Moriyama passe par la méditation et se trouve influencée par certains textes sacrés.
Moriyama travaille aussi beaucoup la matière et les reliefs conférés à ses toiles aux motifs d'apparence souvent géométriques. Il vient ajouter des taches de couleurs pour casser le sentiment de rigueur et permettre de créer un mouvement, voire un souffle de vie dans ses tableaux. Pour lui, ces irrégularités inattendues traduisent la liberté de l'homme contre l'enfermement qu'on cherche à lui imposer.
Le talent de Hiroyuki Moriyama est salué dans le monde entier et est représenté tant dans des collections publiques que privées. Il a ainsi reçu de nombreux prix plus prestigieux les uns que les autres : le Grand Prix d'Art du 21e siècle au Japon en 1996, le Prix Kato en 2003 à Paris, le Prix Yoshii en 2007…

Jean-Claude Terrier
Jean-Claude Terrier est un artiste français. Il est né en 1949 à Thonon-les-Bains et vit désormais près de Besançon. Diplômé des Beaux-Arts de Besançon, il a plus tard enseigné à l’IUT et à l’Université de Franche Comté ainsi qu’à l’Ecole Régionale des Beaux-Arts de Besançon.
L’artiste se définit comme un peintre, un peintre en quête de réel. Un réel dont il explore les failles, les tensions, les polarités qu’il dégage au moyen d’une peinture du mouvement qui inscrit plus qu’elle ne décrit. Les œuvres abstraites de Jean-Claude Terrier sont comme des paroles qui révèlent ce qui ne peut être prononcé, c’est l’envers d’un paysage qui nous est donné à voir, ses dynamiques, son intériorité, ses pulsions – c’est alors l’essence qui en surgit.
« On comprend alors que le paysage n'était que la face souriante d'une totalité dont l'envers nous est maintenant révélé. Des adhérences comme de ce qui serait de l'écorce terrestre ou de la lumière céleste encore, çà et là, en passe d'être balayées par la lave qui monte. L'aura de mélancolie qui baignait les œuvres plus anciennes a disparu au profit d'une énergie qui met la peinture au défi de charmer. Demeurent quelques structures primitives, la croix, le triangle, carrefours de tensions et signaux d'exorcisme. Du noir, un peu de gris, du blanc - nul deuil, toutefois, nul désespoir, mais un ancrage brutal et généreux dans le tréfonds de la substance. Que nul n'entre ici s'il ne porte en sa folie le souvenir d’avoir été métaphysicien. », déclare Claude Louis-Combet à propos de Jean-Claude Terrier.

Jean-Marc Brunet
Jean-Marc Brunet est artiste peintre. Il s’est très tôt passionné pour le dessin et la peinture, et a exposé ses premières oeuvres, aquarelles de paysages, à l’âge de 16 ans.
Jean-Marc Brunet aime la rencontre de nouvelles personnes, l’échange de points de vue, la découverte de nouvelles cultures et de nouveaux pays.Il débute professionnellement en 1990, acquérant technique et expérience auprès de plusieurs artistes successivement. Jean-Marc a poursuivi la découverte de nouveaux univers artistiques au Maghreb et en Afrique de 1993 à 1995, et a ensuite a ouvert son propre atelier dans le nord de la France à Chassemy en 1996. Ses toiles et gravures, abstraites, ont fait d’abord appel aux figures géométriques, puis font maintenant référence à la nature. Jean-Marc Brunet utilise aujourd’hui majoritairement les techniques d’huile sur toile et de gravure, tout en gardant son intérêt pour une variété de supports et de techniques, encre ou aquarelle sur papier par exemple. Il pratique également la sculpture. Ses sources d’inspiration sont aujourd’hui la Nature (fleurs,oiseaux, …), la musique et la poésie. Son goût pour les nouvelles rencontres et les liens d’amitié (avec Jean-Marc Natel, Michel Butor, Jean Orizet par exemple) permettent à Jean-Marc l’écriture de nombreux livres « à 4 mains », dans lesquels la peinture ou le dessin d’une part, et la musique, la poésie ou la danse d’autre part, sont source d’inspiration ou moyen d’illustration les uns des autres.
Par ailleurs il participe à de très nombreuses expositions individuelles ou collectives à travers le monde. Jean-Marc Brunet est très heureux lorsqu’il peut partager sa passion et cette riche expérience avec les amateurs éclairés ou collectionneurs.

Joël Leick
Né en 1961 à Thionville, Joël Leick est artiste peintre, photographe, poète et éditeur de livres d’artiste. Ses livres d’artiste et oeuvres sur papier font l’objet de nombreuses expositions (Bibliotheque nationale et universitaire de Strasbourg, BnF Paris, National library Netherlands, Grolier club New York, Bibliothèque nationale d’Islande Reykjavik, musée Paul Valéry de Sete, médiathèque de Nancy, musée de la Cour d’Or Metz, Arsenal Metz, Fondation Bodmer Suisse, Puzzle Thionville, musée départemental du Sel de Marsal, Bibliothèque nationale du Luxembourg). Il est également photographe (Fondation Auer-Ory pour la photographie, Suisse), collagiste, graveur, performeur.
I1a travaillé avec de nombreux auteurs (Michel Butor, Bernard Noël, Pierre Bourgeade, Salah Stetié, Henri Meschonnic, Guy Goffette, Fernando Arrabal) et a réalisé plusieurs livres d’artiste avec les
éditions Fata Morgana, Brandes, Aencrages & Co., Créaphis, Al Manar, Rencontres, Collection Mémoires et avec 1’éditeur Bernard Dumerchez, Géographie des sites, Géométrie des corps étant le dernier.

Motoko Tachikawa
L'artiste contemporaine Motoko Tachikawa contemple et
assimile le monde végétal qui l'entoure. Elle absorbe les
lignes, les contours, les couleurs et la lumière, qu'elle
reassocie et déverse ensuite en formes abstraites.
C'est par des gestes parfaitement contrôlés que
l'artiste construit ses compositions. A chaque trait, elle
s'approprie la forme, armant sa vision artistique. Cette
maîtrise de l'impondérable mène à ce que l'imprévu ne
se dissocie plus de l'attendu, se fondant de telle façon en
une fusion complète sur le relief du papier. Tout est mesuré
et équilibré: les nuances de transparence, l'intensité des
coups de pinceau, l'épaisseur du papier, transformant ainsi
le verso de certains dessins en œuvres d'art à part entière.
En respectant les lois de la nature, chaque élément des
œuvres de Motoko Tachikawa tient dignement sa place.
L'artiste crée son paysage intime, un jardin avec ses
règles propres. Dans ses dessins, des gures réinventées
se mêlent aux plantes familières et Motoko encourage
les mauvaises herbes et les eurs sauvages à coexister
de façon équitable. Elle s'approprie chacune des formes
qu'elle dessine, elle les célèbre et les admire. Grâce à
son point de vue singulier, l'artiste dévoile la beauté
cachée et les subtilités du monde naturel sur lequel elle
se penche. Son travail témoigne alors de son sens aigu
de l'observation et de sa capacité à capturer l'essence
de ses sujets.
Gabriela Anco (Mai 2023)

Pierre Antoniucci
Le processus fondateur du travail de Pierre Antoniucci est à rechercher dans ses “Ateliers circulaires” : Le tableau se construit à partir d’un centre évidé qui conduit les figures aux bords du cadre de telle manière que la composition s’apparente au lancé d’une boule de billard ; chaque motif rebondit sur les bords et par un enchaînement centrifuge dresse l’espace du tableau par son périmètre.
Pierre Antoniucci nous fait rentrer dans la proximité, dans la beauté de ces choses ordinaires qui ont perdu leur fonction, qui n’ont plus d’utilité, mais qui sont devenues belles « en ellesmêmes », avec le temps. Les objets de ses tableaux sont des rappels à la vie, comme ceux qu’on peut voir sur les fresques de Pompéi, ou dans ce que les peintres japonais du XVIIIe siècle appelaient des « objets tranquilles ». On peut retrouver, dans les œuvres d’Antoniucci, les genres picturaux « traditionnels » : portraits, natures mortes, paysages, scènes à figures… La composition initiale, à l’encre à peine visible, permet de situer les objets principaux, de positionner les images et les matières qui éventuellement sont marouflées sur la toile. La peinture va ensuite tout recouvrir et donner sa légèreté à l’ensemble, faire apparaître la clarté des fonds, faire vibrer l’espace, renforcer l’intensité colorée des objets.
Dans chacune de ses œuvres, tous les éléments de la composition picturale (formes, plans, figures, textures, couleurs, tactilité…) sont requestionnés. Pierre Antoniucci affirme le geste pictural, le jeu des formes et des matières, l’enfouissement ou l’éclatement des images, les possibilités de métamorphoses. A partir d’une composition, un tableau peut apparaître par résonance, par répétition, décalage, rotation, glissement, basculement, renversement, faisant émerger de nouvelles couleurs ou matières, de nouveaux espaces…

Pierre Delcourt
Pierre Delcourt (né en 1956) est de ceux qui ont su reformuler les codes de l’art abstrait. La première chose qui frappe dans ses compositions est qu’il a un sens de la composition qui est d’autant plus remarquable qu’il n’y a là ni point de fuite ni perspective. Et pourtant, en dépit de l’apparente anarchie formelle de couleurs plus ou moins prédominantes et de traits noirs d’une grande finesse, isolés ou regroupés, on ne tarde pas à s’apercevoir que l’ensemble paraît avoir été conçu selon une précise disposition architecturale. C’est le paradoxe qu’il a sans cesse recherché et qui aboutit à la création d’un univers alliant une sorte de constellation n’ayant ni commencement ni fin, ni structure définie, ni ordre spatial, ni même symbolique, et qui malgré tout est régie par des lois secrètes lui assurant un équilibre irréprochable. Dans ses œuvres récentes, le peintre a mis en avant trois couleurs : le bleu, le blanc et le gris. Les harmonies engendrées par cette trilogie sur sa palette sont sujettes à d’innombrables variations et introduisent sans cesse de nouvelles expansions spéculaires. Elles sont énigmatiques, mais ne jouent pas sur le registre du mystère ou de l’hermétisme. Ce sont de pures divagations poétiques agencées par l’œil d’un spectateur qui est d’abord surpris et désorienté, mais qui, très vite, découvre un sentiment d’harmonie dépassant le désordre auquel il s’est cru confronté de prime abord.
Gérard-Georges Lemaire
30 septembre 2021

RED
RED est un artiste franco-algérien né en 1999 à Boulogne-Billancourt, vit et travaille à Paris. Diplômé d'un Master en recherche plastique et science de l'art à l'université de la Sorbonne. Bien que les arts et les sciences soient définis comme des antipodes l’une de l’autre, les sciences demeurent un domaine très prisé par ces derniers, Red intervient alors en vulgarisateur de l'art scientifique. Les sciences représentent en arts plastiques une thématique, un support problématique mais également un médium à part entière. Médium qui est multifacettes et se traduit principalement par sa recherche technique à l’obtention de nouvelles matières qui légitiment l’alliance entre les arts plastiques et les sciences. L'apport physico-chimique des œuvres créées s'alimente d'une invitation du spectateur à travers une relecture muséologique. La peinture, la sculpture et l'installation viennent alors nourrir ce besoin d'interaction avec le spectateur le laissant alors maître de sa propre expérience contemplative. Dans le vaste paysage de l’art contemporain, marqué par une
pluralité de courants et d’approches, l’oeuvre de RED émerge
comme une exploration audacieuse et novatrice de l’interaction
entre l’art et les sciences exactes. Tout comme les maîtres du
passé ont révolutionné leurs époques en explorant de nouveaux
territoires artistiques, RED se distingue par une approche
résolument moderne de la création artistique.
Il est intéressant de constater que RED ne se contente pas de
s’inscrire dans une tradition artistique préexistante, mais
il choisit plutôt de tracer son propre chemin, empruntant
des voies inédites où la rigueur scientifique se marie à
la créativité artistique. Cette démarche trouve ses racines
dans la volonté de l’artiste de déconstruire les frontières
conventionnelles entre les disciplines, de défier les normes
établies et d’ouvrir de nouveaux horizons esthétiques.
En explorant les possibilités offertes par les sciences
exactes dans son processus de création, RED révèle une
profonde fascination pour les interactions visuelles.
Ses oeuvres ne se contentent pas d’être des objets esthétiques
figés ; elles invitent le spectateur à participer activement à
leur interprétation, à engager un dialogue avec elles. Cette
dimension interactive confère à son travail une dimension
dynamique et engageante, où l’expérience esthétique devient un
terrain de jeu où se mêlent curiosité et émerveillement.
Dans cette quête pour repousser les limites de l’art et
de la science, RED puise son inspiration dans des sources
diverses, faisant écho aux expérimentations audacieuses des
artistes du passé tout en insufflant à son travail une touche
résolument contemporaine. Son approche, tout en étant
profondément enracinée dans le présent, s’inscrit dans une
lignée de créateurs visionnaires qui ont su repousser les
frontières de l’expression artistique.
À travers ses oeuvres, RED nous invite à repenser notre
rapport au monde qui nous entoure, à explorer de nouveaux
territoires esthétiques et intellectuels, à embrasser
l’interdisciplinarité comme une source de créativité et
d’innovation. Son travail incarne ainsi la rencontre fertile
entre l’art et la science, où la beauté se conjugue à la rationalité
pour offrir au spectateur une expérience esthétique inoubliable.
En parcourant ce catalogue, nous sommes conviés à plonger
dans l’univers fascinant de RED, à découvrir les multiples
facettes de son travail et à nous laisser emporter par la
richesse de son imagination. Puissent ses oeuvres continuer à
inspirer et à émerveiller les générations futures, tout en nous
rappelant la puissance de la créativité humaine et l’importance
de l’exploration constante de nouveaux horizons artistiques.

Satoru Satō
Satoru Satō, né le 14 novembre 1945 à Tome (Miyagi), est un artiste japonais contemporain vivant en France.
Engagé dans l'abstraction géométrique il se rattache au groupe «Madi». Depuis lors il en devient un véritable militant épurant de plus en plus son art. En plus de ses peintures, dessins, estampes il essaime ses environnements dans le monde entier : Italie, France, Japon, Andorre, Portugal, Porto Rico, Equateur, Corée, Liban, Taïwan, Vénezuéla.... réalisant des oeuvres en bois, métal, pierre, eau qui mèlent tradition occidentale et japonaise. En 2007 le musée Satoru Sato est ouvert à Tomé au Japon consacré au travail de Satoru et à l'art abstrait géométrique.

Takahisa Kamiya
Né à Tokyo en 1948, Takahisa KAMIYA suit l’école des arts industriels, section métaux, puis vient à Paris en 1976 où il fréquente l’école nationale supérieure des Beaux-arts.
Par un jeu subtil de la matière Takahisa KAMIYA nous entraine dans l’illusion d’un espace multidimensionnel. Effets de relief et de mouvement, les plans se superposent et se jouent de nos sens. Ses compositions de lignes et de sphères forment une partition harmonieuse au rythme de la variation des tons noirs, gris et blanc, mais aussi de celle des formes concaves et convexes.
L’art de Takahisa KAMIYA allie le pictural et le scriptural et nous ouvre un nouvel espace d’interprétation dans lequel on plonge avec beaucoup d’émotion et de sérénité.

Tarik Chebli
Tarik Chebli est un artiste peintre français né à Nantes en 1993. Il vit et travaille entre Paris et Berlin depuis l’obtention de son master en recherche en arts plastiques à l’université de Rennes 2 en 2018. Il est représenté et exposé par la galerie Akié Arichi à Paris depuis 2017.
Dans les tableaux de Tarik Chebli il y a des animaux – des papillons, des poissons, des oiseaux, et quelques singes. Il y a aussi des végétaux – des herbes folles, des plantes drues et des fleurs. Tout cela grouille dans les épaisseurs de la peinture, dans les empâtements, les chaos de tâches, les marbrures polychromes. Les formes animales et végétales naissent de celles qu’ont produites diverses opérations aléatoires : jets de matières plus ou moins fluides, agglomérations de pâtes épaisses, intrications de traces raclées, frottées. De prime abord, le tableau peut apparaître comme le résultat d’un exercice jouissif, celui qui consiste à triturer des substances colorées pour y voir naître des formes involontaires, potentiellement fleurs ou oiseaux. Toutefois la formation de ce monde vivant ne consiste pas seulement à convertir des accidents de matière en des figures : certains poissons, certains oiseaux, certaines corolles de fleurs ont été dessinés et colorés consciencieusement, plaqués sur la surface, dans une sorte d’indifférence aux irrégularités du support qui les accueille. Cette manière de faire, délicate et candide, contrebalance la confiance que cette peinture semble accorder aux effets d’une manipulation impulsive des matières. Et c’est un rôle analogue que jouent des éléments d’un autre type encore : ce sont les empâtements et les mélanges fluides qui ne sont pas devenus animaux ou végétaux, qui n’ont pas acquis le statut de formes nommables et qui demeurent masses lourdes aux teintes saturées, zones embuées et blafardes, comme pour freiner la peinture dans ses excès de lyrisme.
Dans les tableaux de Tarik Chebli il y a donc des tensions, des discordances. Cette peinture qui balance entre un plaisir de la matérialité et une application à reproduire des figures est équivoque. Elle semble exprimer une vitalité animale et végétale comme saisie sur le vif ; et elle aussi un espace saturé, un monde trop plein, bourdonnant, étouffant, comme si cette idée de nature était une construction fantasmatique, le produit d’images et de souvenirs lointains.

Thierry Le Saëc
THIERRY LE SAËC. LA POETIQUE DU TRAIT
Marie-Françoise Le Saux, conservateur en chef des musées de Vannes
Le travail de Thierry Le Saëc, bien que souvent montré, ne se livre pas facilement. Les entrées dans l’œuvre sont multiples, indissociables et nécessaires à la compréhension du tout. Rien de linéaire, contrairement aux apparences, mais une accumulation par strates serait une image juste de cette production considérable.
Tout part du livre, au cœur de son activité créatrice, autant dire de sa vie. Comme lecteur assidu tout d’abord, auteur de poésie, collectionneur d’ouvrages d’artistes qu’il admire, artisan inspiré en matière de composition, impression et édition. Les textes poétiques dont il se laisse traverser entrent en résonance avec son propre monde. Le livre ouvre et scande des séries de dessins, de gravures, puis de peintures, en un processus complexe. Ainsi les poèmes d’Anne de Staël, « Océanique », génèrent-ils une suite de gravures qui évoquent l’ardoise griffée : une série d’eaux-fortes imprimées sur un fond noir de papier japon contrecollé. La justesse, vibrante, du sillon creusé, le choix averti du papier qui restitue au plus près le projet d’impression, tout ici est réflexion, précision, quasi perfection.
L’estampe étant un multiple, c’est tout naturellement qu’il entreprend de réaliser un tirage de chacune de ses planches gravées pour les collections du musée.
D’autres séries, non titrées, de dessins ou de gravures rehaussées de pastels gras, se déclinent comme une longue conversation ininterrompue, une sorte de poème fleuve. L’artiste ne peut se satisfaire d’une pièce isolée pour exprimer une idée, il lui faut le multiple - original -.
La peinture n’échappe pas à cette nécessité de la série. La couleur conquiert là une place plus affirmée. Si, d’une manière générale, le travail de Thierry Le Saëc est d’abord « chose mentale », avant de s’ancrer dans la matière, il arrive que des ensembles surgissent, inattendus, prenant au dépourvu le peintre lui-même. C’est le cas dans cette série de petites pièces sur bois, où le vert et le rose se bousculent dans une urgence peu fréquente. Ces peintures, brossées en un temps très court, sont accrochées au mur de l’atelier, elles témoignent de la part insaisissable de la création, ce jaillissement irrépressible que l’on nomme l’art. Si Thierry Le Saëc ne s’interdit pas ces fulgurances, son travail, le plus souvent, est tenu, voire tendu, d’une intériorité sans faille, condition même de l’émotion.
Les tonalités colorées ramassées autour de rouges profonds, de verts sombres sur lesquels se superpose un écran de traits noirs serrés qui assourdissent l’ensemble, confèrent aux peintures une densité austère. Depuis plus de deux ans, cette série des traits occupe l’artiste qui les décline sur les formats les plus variés.
Le projet de l’exposition à la Cohue, avec ses murs imposants et la rudesse de la pierre, a déterminé le peintre à poursuivre ses recherches sur de très grandes toiles, pour certaines en diptyque. Ces formats inhabituels peints dans l’atelier de Saint-Armel sont la vérification de ce que le trait ouvre de sensation. Le geste mobilise tout le corps, comme dans la marche, ou la danse.
Dans ce travail récent, la réponse éclate, évidente parce qu’éprouvée. La peinture est question d’espace et n’est en rien assujettie au format. Elle est paysage, respiration, aussi nécessaire au peintre que ses longues randonnées en montagne. Mais Thierry Le Saëc livre peu la part trop personnelle de ses expériences de vie. Pas d’épanchements complaisants dans les nombreux catalogues qui lui sont consacrés. L’œuvre met une prudente distance entre la réalité et son expression artistique. Tout juste pouvons-nous parfois apercevoir, dans la fenêtre de l’ordinateur, la photographie d’un paysage de vacances glissée entre deux fichiers d’œuvres.
D’où vient pour l’artiste ce sentiment d’être allé jusqu’au bout d’un cycle, d’une réflexion ? Qu’une question d’ordre plastique, pour un temps, va le laisser en paix ? Cette interrogation obstinée de l’espace au moyen de la ligne s’achève et ouvre un nouvel horizon sur une toile que Thierry Le Saëc ressent comme joyeuse, qualificatif étonnant attaché au dernier tableau de l’exposition qu’il reconnaît, comme on le dit d’une vieille connaissance. Cette œuvre renoue avec des séries antérieures où la tache, longuement, questionne la couleur, la lumière, l’espace. Rien de définitif donc, le geste, toujours recommencé, animé par la pensée vivante fait l’œuvre. Pour Thierry Le Saëc, cette méditation active est la seule manière de vivre.

Vincent Vallois

Vincent Verdeguer
Verdeguer est un peintre et photographe français expérimenté dont les œuvres font l'objet d'expositions, de publications et de collections permanentes depuis des décennies. Il utilise divers thèmes tels que la nature, la mythologie et l'impermanence pour accéder à des sensibilités plus profondes et invisibles. Cette perspective donne naissance à des peintures figuratives fantastiques, riches en détails et riches en récits.

Yutaka Imai
Yutaka IMAI est un artiste japonais. Il est né en 1945 et vit à Paris depuis 1976. Il est diplômé l’Université des Beaux-Arts de Musashino au Japon.
Yutaka Imaï est l’auteur d’œuvres abstraites. Pour se faire il utilise un processus de lente construction de ses toiles, élément par élément, touche par touche. Le résultat est un environnement calme et silencieux. La contemplation de ses œuvres appelle une connexion, une connivence du spectateur : pensées, sentiments et expériences propres sont mobilisés, investis. Ainsi l’élément indicible, mais néanmoins réel, de la peinture semble appartenir au champ dans une contemplation qui invite à la sérénité. En France depuis quelques années, Yutaka Imaï s’est installé à Créteil. Ses œuvres sont exposées en permanence au Japon. Il a participé à de très nombreux salons et expositions au Japon, à Taiwan, en Allemagne et en France.
« Les tableaux exposés sont des peintures entièrement réalisées à l’huile. Parmi ces toiles, certaines sont de nouveaux essais pour lesquelles je me suis inspiré des techniques de la calligraphie et du sumi-e japonais. Pour cette exposition, j’ai choisi de vous dévoiler des œuvres épurées, aux formes simples presque monochrome et avec peu de relief. J’ai utilisé une brosse Bokashi qui permet d’adoucir et d’estomper le contour des traits, créant ainsi un dégradé de couleurs caractéristiques aux différentes techniques du sumi-e : Shoenboku Seiboku Shiboku. » , déclare Yukuta Imaï.